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Tir
Carabine 50M

 
 
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1° Chapitre: Le tir à la carabine à 50m

La carabine à 50m rassemble trois épreuve différentes, toutes olympiques :

- Olympique pour les hommes, le 60 balles couché (également désigné sous l'expression match anglais)

- Olympique pour les femmes, le trois positions (couché, debout, genou) avec 20 coups par position (dit 3 X 20).

- Olympique pour les hommes, le trois positions avec 40 coups par position (dit 3 X 40).

Les hommes utilisent une carabine "libre" avec assez peu de limites dimensionelles et une masse de 8Kg maximum.

Les femmes utilisent une carabine "sport" avec les mêmes caractéristiques géomériques que l'arme "libre" et une masse de 6,5 Kg maximum. 

 

Le tir couché

I La position de base


L'expression « match anglais » doit déjà vous avertir. Le tir couché est une affaire de pinailleur. Je vous propose d'analyser cette merveilleuse discipline, qui par certains points se rapproche du pistolet libre à 50m.

Le béotien voit dans le tir couché une activité de fainéant, facile et à la portée du premier venu. Il n'a pas complètement tort. En effet, avec une position correcte et un peu d'entraînement, tout le monde peut aligner sa carabine sur le dix de manière régulière.
La finesse vient du fait que cette stabilité évidente est rompue par le départ du projectile et que l'arme se met à bouger dès la mise en mouvement du percuteur.
Pendant ce recul, la canon va se déplacer. Ce trajet va influencer grandement la position de l'impact. En effet, les forces appliquées par le tireur sur l'arme vont altérer son recul et modifier le point d'impact du projectile.

Mais revenons à la base de cette position. Comme pour le tir à genou, le règlement autorise l'usage d'une bretelle de tir. Sa fonction est de prendre en charge le poids de l'arme. De fait, le poids de l'arme, force verticale vers le bas, est transformé en une traction horizontale, appliquée sur l'humérus par le biais de la bretelle. Lorsqu'elle est bien employée, la bretelle évite au tireur de porter la carabine par une contraction du biceps.

Pour faire ses premiers pas en tir couché, il est courant de s'installer sans bretelle, en laissant le cale-main non-serré. On attrape la carabine et lorsque l'on arrive à mettre l'arme en ligne avec la cible, une âme charitable positionne le cale-main contre votre main. La position des coudes peut se choisir suivant la règle du 80/20 : 80 % du poids sur le coude gauche et 20 % sur le droit. On retrouve cette répartition de manière géométrique : Par rapport à la projection de la carabine au sol, on doit avoir une distance « X » avec le coude gauche et de 4 fois « X » avec le coude droit. Evitez pour le couché d'avoir le coude gauche complètement sous la carabine ou trop proche de sa projection. Cette situation, avec la tension de la bretelle qui tracte l'arme un peu vers la gauche, amènera la carabine à « basculer » du mauvais côté. La tension de la bretelle amplifiera le défaut, tirant la carabine de plus en plus vers la gauche. Elle peut alors finir à gauche du coude gauche....

En respectant cette première étape, on a une position basique qui pourra faire l'objet de quelques retouches.
Pour ce qui concerne la plaque de couche, sa position doit être déterminé par un principe de confort pour le tireur en gardant à l'esprit la quête permanente d'une réaction régulière de l'arme. En effet, une longueur de crosse importante augmente la distance entre l'épaule et le point de percussion. Cela entraîne une réaction plus ample et plus difficile à régulariser. De plus, dans cette configuration, le tireur a plus de difficulté à recharger sa carabine sans désépauler.
La position verticale de la plaque de couche sera également un critère de régularité de la réaction. On utilise en général un point de repère qui est la projection de l'axe du canon sur la plaque de couche. On recherche en général un réglage avec lequel ce point se situe environ au milieu de la zone d'appui de l'épaule. Pour ma part, en partant de cette situation, je descends légèrement la plaque de couche de quelques millimètres.

Maintenant que la carabine est pratiquement réglée, parlons un peu de votre bretelle et de votre veste. Votre veste doit comporter une sangle (ou deux) servant à récupérer les plis au niveau de l'épaule droite. On va donc serrer autant que possible cette sangle.
Sur le bras gauche, on fixe la bretelle. On conseille de la serrer plutôt sur l'extérieur du bras. Ainsi, sous tension, elle va tirer plus fort sur l'extérieur du bras que sur l'intérieur. Cette répartition inégale réduit la pression sur l'artère humérale. Cela limite souvent les petits vibrés dans l'arme, correspondant aux pulsations cardiaques.
Le système d'accrochage de la veste permet généralement de choisir la hauteur sur le bras de la bretelle. J'ai tendance à recommander un placement haut de la bretelle pour le couché. On se rapproche, dans le triangle « avant-bras-bras-bretelle » du cas d'un triangle isocèle. Une petite modification de la longueur de la bretelle aura une petite conséquence sur la position de la main et donc de la carabine. Lorsque la bretelle est très basse sur le bras, un petit écart de longueur entraîne un grand déplacement de la carabine.

II Se mettre en place et affiner la position

Il ne reste plus qu'à s'installer sur le poste de tir. Un droitier va se câler sur la droite du poste pour que son coude droit soit à quelques centimètres de la limite. Il doit rentrer l'ensemble de son corps dans un poste mesurant 1,25m de large. S'il doit tirer sur rameneur, et qu'une bonne âme ne s'est pas dévouée pour lui changer les cibles, il va devoir s'approcher très près du rameneur pour pouvoir être autonome. Sur boîte changeuse ou sur cible électronique, la mise en place est plus facile.

On utilise généralement un tapis ou un paillasson pour protéger les coudes. Trois options s'offrent donc à vous : directement sur le béton, paillasson avec les poils vers le haut ou vers le bas. Personnellement, je déconseille la première méthode qui irrite les coudes. Pour le reste, la seconde permet de bien « planter » les coudes, mais le paillasson glisse parfois lors du replacement du coude droit. La technique « poils vers le bas » évite ce type de mouvement.

Il faut garder à proximité le jeu de clefs, une bouteille d'eau, les munitions, la commande pour la cible.
La lunette permet de regarder les impacts et l'éventuel mirage. Son placement par rapport au tireur doit permettre une utilisation avec un mouvement minimal de la tête du tireur.Il faut s'entraîner à son installation, même si vous tirez 80 % du temps sur rameneur.

Le débutant va commencer sa prise de position avec une bretelle nettement détendue. Elle va être resserrée progressivement, jusqu'à ce que le tireur ressente un bon relâchement de son biceps, signe que la carabine n'est plus « portée ». Ca fait un peu mal à la main et au bras, mais c'est normal au départ. L'entraînement en tir couché comprend une partie foncière pour s'affranchir de ces douleurs. La main "support" (la gauche pour un droitier) restera détendue. Les doigts ne doivent pas venir saisir le fût de la carabine.
Je précise que la bretelle part du cale main, passe à droite du poignet gauche avant d'arriver au bras. Pour la petite histoire, j'ai déjà vu des jeunes tireurs d'un autre club savoyard faire les départementaux avec la bretelle passant à gauche du poignet. Bon, je ne les ai pas revu aux régionaux. CQFD.

Une fois en place, il est nécessaire de régler le busc. L'objectif est d'obtenir une visée bien centrée dans le dioptre en posant la tête. Cette dernière doit reposer avec son propre poids, ni plus, ni moins, ni trop appuyée, ni soulevé par un effort au niveau cervical. En gardant toujours à l'esprit la recherche d'une réaction régulière de l'arme, cette technique offre une grande régularité. A moins que vous ne preniez la grosse tête après la troisième série, la masse de votre tête ne doit pas évoluer pendant votre tir....
Dans le même ordre d'idée, le positionnement latéral du busc doit permettre un appui de la tête sans composante latérale. Un appui latéral de la tête est en effet très difficile à régulariser, dans son intensité et dans sa direction.

La hausse sera placée deux ou trois centimètres en avant de l'oeil. Il est parfois intéressant d'augmenter ou de diminuer un peu cette distance, histoire d'avoir une meilleure vision des fanions respectivement à l'extérieur de la hausse ou dans l'iris  

III L'entrée en cible et le placement

Comme vous le savez, la respiration est nécessaire à la vie. Le tireur couché va devoir donc intégrer sa respiration dans sa séquence de tir. Une fois la carabine épaulée, une inspiration va faire descendre le point visé, une expiration va le faire remonter. Le mouvement peut se faire suivant un axe bien vertical (6 heures-12 heures) ou avec une légère composante latérale (7H-1H ou 5H-11H). Ce mouvement alternatif est appelé "entrée en cible".
Dans le but d'obtenir un haut du corps bien détendu, l'apnée commence après une expiration de relâchement. C'est celle que l'on obtient après avoir inspiré en se relâchant, en laissant les poumons se vider sans effort. Il ne faut pas faire une expiration forçée. La situation recherchée est celle d'une carabine qui vient mourir sur le dix à la fin de cette expiration de relâchement, sans dépasser l'axe horizontal de la cible.

 
 
Entre le moment de la prise de position et le tir, j'ai pris pour habitude de garder un nombre de mouvements respiratoires assez stable.
L'apnée ne doit pas durer plus de dix secondes. En effet, le taux d'oxygène baisse rapidement dans le sang. Le cerveau et les yeux voient leur fonctionnement se dégrader rapidement lors d'une pénurie d'oxygène. Cela doit d'ailleurs aussi nous faire penser à respirer efficacement entre les tirs.

Un mauvais placement vertical par rapport à la cible peut facilement être corrigé en gardant un peu d'air ou en forçant un peu l'expiration. Mais c'est une solution qui n'est pas totalement satisfaisante car elle laisse des petites tensions s'installer sur le haut du corps.

Nous en arrivons à un des points clefs du tir couché : le placement par rapport à la cible. On peut le définir comme la position prise par le point visé une fois la carabine épaulée, sans contrainte musculaire anormale appliquée par le tireur. Cette dernière condition est importante car comme nous l'avons vu précédemment, le tir couché trouve sa limite dans la régularité de la réaction de l'arme. Si votre carabine n'est pas « naturellement » face à la cible, il est tentant de l'y amener et de l'y maintenir par des efforts musculaires. Mais ces contraintes irrégulières, et très difficiles à maîtriser, vont perturber la régularité de la réaction.
Le tireur doit donc intervenir, mais sans trop altérer sa position, pour que la carabine vienne se placer sans effort sur la cible. C'est le travail du placement par rapport à la cible.
Il faut entamer cette phase par une période d'analyse. L'exercice (un grand classique) consiste à épauler la carabine, fermer les yeux, faire le nombre habituel de mouvements respiratoires, finir sur l'expiration de relâchement et ouvrir les yeux. Le tireur constate alors visuellement l'écart entre le centre de la cible et le point visé.
Cet écart est en général la somme d'une composante latérale et d'une composante verticale.
Il ne nous reste plus qu'à agir sur le tireur pour diminuer cet écart.
 
IV Corrections pour le placement par rapport à la cible :
 
Une fois le diagnostic réalisé, la correction s'impose. On corrigera d'abord sur l'axe horizontal puis sur l'axe vertical. Pour les écarts latéraux, elle se fait par rotation autour du coude gauche. Il faut assurer un déplacement complet du tireur en respectant la forme initiale de sa position. Contrairement au tir à 10m, la correction par translation n'est pas commode en tir couché.
De son côté, la correction sur l'axe vertical doit normalement être assez limitée. En effet, la hauteur des cibles est strictement réglementée et ne doit pas varier de + ou – 25cm. Elle peut se faire en déplaçant la plaque de couche. Il suffit d'appliquer une règle de trois : déplacement de la plaque de couche en m = hauteur à récupérer en cible en m X (distance du cale main jusqu'à la plaque de couche en m / 50m).
Par exemple, si votre carabine tombe ving centimètres sous la cible et que votre distance crochet- cale-main est de 0,8m, on obtient :
déplacement de la plaque de couche nécessaire à la correction = 0,20m X (0,80m / 50 m) = 0.0032 m (soit 3,2 mm)
Si la carabine arrive trop bas en cible, on monte la plaque de couche (et inversement).

Une autre méthode existe. Elle consiste à déplacer légèrement le coude gauche vers l'avant ou l'arrière, sans déplacer le bassin du tireur. En avançant le coude, la carabine va monter. Cette technique présente l'avantage de pouvoir être mise en oeuvre durant un match sans avoir à toucher la plaque de couche.
Parfois, il est également possible de retoucher légèrement sa tension de bretelle pour remonter un peu la carabine pendant un match. C'est l'intérêt principal des bretelles avec réglage micrométrique. Par contre, prenez garde à revenir à votre configuration initiale à la fin de votre tir. Ce genre de manipulation doit être testé à l'entraînement pour s'assurer qu'elle n'entraîne pas de déplacement du groupement. Elle doit de plus rester assez limitée. Quelque soit la méthode choisie, il faut rester mesuré dans les modifications des réglages. En effet, la position de la plaque de couche et la tension de la bretelle sont des facteurs qui influencent la réaction de l'arme.

Après une correction du placement, un nouveau contrôle sera réalisé pour le paufiner à l'extrême

Le contrôle du placement par rapport à la cible est essentiel en tir couché. Il se pratique durant le temps de préparation (cela évite de s'installer dans une position « fausse »), les essais et le match. Il doit faire l'objet d'une attention constante de la part du tireur. Son importance réside dans le fait qu'une carabine qui n'arrive pas « toute seule » sur la cible va y être contrainte par des tensions musculaires appliquées par le tireur. Ces tensions vont modifier la réaction de l'arme et donc entraîner un déplacement du groupement. 
 
V Types de position et influence sur la réaction de l'arme :
 
Comme nous l'avons vu lors de l'introduction, la régularité de la réaction de l'arme est une composante essentielle pour un « couché » performant. Cette régularité ne peut s'obtenir que par une régularité, en intensité et en direction, des forces appliquées sur l'arme.
Partant de ce principe, la tonicité de l'épaule droite peut être envisagée de deux manières. Soit le tireur souhaite un contrôle fort sur sa carabine et va plutôt opter pour une épaule tonique. Soit il va choisir une situation de relâchement musculaire pour cette zone d'appui.
Dans la première situation, généralement associée à une forte tension de bretelle, la réaction est plus faible en amplitude. Néanmoins, une tonicité parfaitement constante est difficile à obtenir et les variations entraînent une modification du saut de bouche (et donc de la position de l'impact).
Dans la seconde situation, la réaction est plus ample, mais la situation de relâchement est plus facile à identifier pour le tireur. Elle peut donc être reproduite aisément.
Libre à vous de trouver la situation qui fonctionne le mieux chez vous.
Les mêmes remarques s'appliquent au serrage de la main droite sur la poignée pistolet.
Pour ce qui concerne la main support, en butée sur le cale-main, seul le relâchement de la main et des doigts est préconisé. Une contrainte musculaire à cet endroit ne fait que dégrader la réaction de l'arme et n'apporte rien en matière de guidage par rapport à la cible. 
 
VI La visée et le lâcher :
 
Le tir couché se caractérise par la grande stabilité de l'arme par rapport à la cible. Le choix des types de lâchers est donc assez vaste (continu, en préparation, en paliers). En effet, contrairement au tir debout qui demande un lâcher assez rapide et donc particulièrement préparé, le couché tolère des lâchers très lents.
Même si le lâcher peut être très progressif, il faut maintenir la concentration dans la sphère visuelle.
Dans le cas contraire, l'analyse fine de la réaction ne peut pas se réaliser correctement : Le tireur n'étant pas concentré sur la visée, il ne peut pas percevoir la visée au moment du départ, la trajectoire du saut de bouche et le repositionnement de la visée après la réaction.

Y a-t-il quelque chose de plus intuitif que la visée à la carabine ? Il est vrai que le principe est extrémement simple : Trois ronds concentriques. Il faut assurer une accomodation sur le guidon ou entre le guidon et la cible et une durée de visée pas trop longue. Sur la cible, il ne faut pas poursuivre son effort plus de 7-8 secondes. Passé ce délai, la visée se dégrade nettement. Cette baisse de performance visuelle est liée à la baisse du taux d'oxygène dans le sang.
Cependant, cette simplicité n'est pas la solution ultime de notre problème. En effet, l'homme reste un fainéant potentiel. Lorsque la tâche est simple, on est tenté de la faire avec un minimum d'énergie. Ce tropisme se retrouve souvent dans les erreurs de visée et en particulier couché où l'arme est très stable. L'oeil du tireur contrôle en permanence, lors des derniers instants de la visée, la marge de blanc entre le bord intérieur du guidon et le bord extérieur du visuel. Avec la temps, et notre tropisme pris en compte, le tireur va finir par faire une visée « par secteurs » : il contrôle la marge de blanc sur deux côtés. Par exemple, il concentre son travail sur la marge de blanc à droite et sur celle du bas.
Cela ne gêne pas particulièrement à réalisation de la performance en temps normal. Cependant dans le cas de variations de luminosité sur la cible, cela entraîne un décalage du groupement car la marge de blanc estimée par le tireur est en réalité une quantité de lumière réfléchie par la cible.
Donc pour éviter de tomber dans la facilité, habituez vous à une visée « circulaire » dans laquelle vous contrôlez la marge de blanc tout autour du visuel.
 
 
VII L'entraînement en tir couché :

Il va consister dans un premier temps à acquérir le « foncier », à savoir la capacité à tenir la durée d'un match en position sans trop souffrir. Il faut en général une dizaine de séances en début de saison ou un peu moins si vous êtes un « vieux tireur » de couché. Une fois vous être affranchi de ce genre de contingence, vous pourrez passer à un vrai travail sur votre position. Comme nous l'avons vu, la régularité de la position est indispensable. J'ai pour ma part souvent pratiqué un exercice simple : on tire une cartouche, on se relève, on se ré-installe et, une fois la position reprise, on tire une nouvelle cartouche, etc... Si la position est régulière, le groupement n'est pas dégradé par l'exercice. C'est très économique en cartouche, cela vous permet de vous relever en match en toute tranquillité si nécessaire, et cela améliore la « finesse » de votre position et la connaissance que vous en avez. Dans ce même domaine, il faut également se préoccuper lors de l'entraînement des symptomes de dégradations de votre position : réaction de l'arme qui évolue, placement de l'arme par rapport à la cible qui glisse progressivement. Ils doivent agir comme des signaux d'alarme.
Dans votre entraînement en couché, la recherche de la régularité dans la réaction de votre arme doit être votre fil conducteur. Hormis dans la phase du travail foncier, la quantité dans votre entraînement n'apporte rien si la qualité ne suit pas, au contraire même. L'entraînement sur la visée et sur le lâcher reste basé sur les mêmes exercices que pour le tir debout.

Un point particulier du couché tient dans le score réalisable. Il faut savoir s'habituer à enchaîner un grand nombre de dix sans se dire j'ai fait X dix d'affilée. La technique mentale qui consiste à fractionner son match en 60 matchs d'une cartouche fonctionne alors à merveille. Dans le but d'intégrer l'éventualité de la performance, l'entraînement servira aussi à se prouver ses propres capacités. On utilisera dans les derniers entraînements des munitions de compétitions pour pouvoir faire quelques belles « pastilles » sur le dix. Cela aura aussi l'avantage de s'habituer à la réaction générée par la munition que l'on va utiliser lors de la compétition.
 
Il faut être bien conscient du fait que tirer un dix est une chose normale en position couché. Plutôt que de les comptabiliser et de se faire peur quand on approche un record personnel, autant mettre la barre un tout petit peu plus haut et ne prendre en compte que les mouches. J'y vois deux gros avantages :
- on tire le système vers le haut en évitant de se relâcher
- on sait aussi que la munition ne permet pas cette précision à tous les coups, donc on dispose d'une sorte de droit à l'erreur inhérent à ce type d'exigence. Ce droit à l'erreur permet de faire retomber naturellement la pression.

Un autre élément à prendre en compte dans l'entraînement tient dans la cadence de tir. En effet, il est intéressant de pouvoir tirer lentement sans s'impatienter (si le vent est changeant) et d'être tout autant capable d'envoyer cinq cartouches en deux minutes si les conditions aérologiques sont favorables. Ces cadences de tir se travaillent aussi à l'entraînement.

Le lieu de l'entraînement est aussi un élément à prendre en compte. En effet, nos installations sont des stands intérieurs. Cela permet de se mettre dans les meilleures conditions (chaleur, absence de vent, lumière stable). Ainsi le tireur n'a plus l'excuse d'un coup de vent assassin pour expliquer son neuf. Il a une analyse plus fine de ses erreurs. Le stand « classique » est intéressant en deuxième partie de saison pour se préparer aux exigences du monde extérieur (vent, lumière, froid,...).  
 

VIII Amélioration de votre matériel 

Le match anglais est un exercice difficile. Vous aurez besoin d'user d'un matériel de haut niveau :

  • Les cartouches, les canons, les rallonges : Vous trouverez sur ce site plusieurs articles à ce sujet.

  • Le système de visée : La hausse est un organe de précision qui doit être régulièrement contrôlée. Elle doit être assez compacte pour ne pas limiter le champ de vision du tireur, en direction des fanions en paticulier. Elle pourra, utilement, être munie d'un oeilleton réglable en diamètre. La modification de son diamètre permet de réguler la quantité de lumière qui franchit ce système optique. De plus, lorsque l'on diminue le diamètre de l'oeilleton, on gagne en profondeur de champ (voir l'article sur l'accomodation). Les filtres colorés ou polarisants sont parfois intéressants mais, dans la majorité des cas, le diamètre de l'oeilleton est le seul réglage nécessaire. En effet, les filtres, qui offrent parfois un confort visuel, diminue la quantité de lumière reçue par l'oeil mais sans augmenter la profondeur de champ. Du côté du tunnel, le guidon sera « plastique » ou « métallique ». La préférence va aujourd'hui vers le premier modèle. Il pourra être fixe ou réglable. J'opte pour le modèle réglable car il permet parfois de s'adapter à des conditions changeantes de luminosité.

  • Les niveaux à bulle : Ils sont utiles en phase d'apprentissage notamment. Ils peuvent être installés sur la queue d'aronde du boitier de culasse, sur le tunnel (en bas ou en haut, à l'extérieur ou l'intérieur de la pièce). Il faut trouver un modèle qui soit ni trop ni pas assez sensible, que le tireur puisse percevoir un écart sensible, mais qu'il ne soit pas obnubilé par un bulle qui se déplace en permanence. Nombreux sont les tireurs qui se passent de cet accessoire.

  • La crosse : Alu / Bois, Bois / Alu, vaste débat que celui-ci. Les nouvelles crosses en aluminium sont plus (trop ?) facilement adaptables aux souhaits du tireur. Elles présentent une difficulté liée au faible amortissement et à la vitesse de propagation des vibrations en leur sein. La crosse en bois, moins facilement adaptable, est plus « douce » à utiliser et moins chère aussi. Faites votre choix sans être la victime d'une mode. Le tir couché est un problème de réaction vous le savez maintenant. Pour réduire cette réaction, une faible hauteur de fût est un avantage. De la même manière, une faible distance entre la culasse et l'épaule est une donnée bénéfique.

  • Le télescope : Il vous faudra un télescope pour observer vos impacts. Il faut choisir un modèle avec un oculaire à 45°. La présence d'un zoom n'est pas nécessaire. Il faut privilégier un objectif d'un bon diamètre (60 ou 80mm) ce qui permet une vision claire même par faible luminosité ou en contre-jour. Le pied doit également être choisi avec soin. Il doit vous permettre de positionner avec précision votre télescope. En position de tir, vous devez pouvoir contrôler vos impacts avec un minimum de déplacement de votre tête.

IX L'approche mentale du tir couché

Comme nous l'avons vu, une des difficultés présentes dans le tir couché tient au grand nombre de dix que l'on peut obtenir et dans la nécessité d'une grande exigence dans chaque balle tirée. Le problème se complique lorsque l'on intègre le fait qu'un tireur peut tirer des dix en faisant des fautes techniques. Si le tireur "accepte" ses erreurs non pénalisantes, sa progression va être rendue difficile. En effet, il va reproduire ses erreurs en les acceptant et donc les intégrer dans sa séquence de tir comme acceptables.Arrivé à cette situation, le ver est dans le fruit...

Le tireur lambda a un certain taux de "10" lorsqu'il emploie sa meilleure technique. Il peut s'exprimer en nombre de "10" pour 100 coups tirés. Ce taux diminue avec la baisse de la qualité technique mise en oeuvre. Le score du match est l'expression presque directe de ce taux. Pour rester au meilleur niveau, il ne faut donc jamais s'accomoder des erreurs techniques. On remarque ainsi des tireurs qui sont parfois mécontents alors qu'ils ramènent un "10". C'est normal. Le "dix" n'est pas forcément une bonne balle bien construite. Il est parfois le fruit d'une prise de risque inconsidérée et qu'il ne faut pas reproduire sur les séquences de tir suivantes.  
 

 Eric Berthillier

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2° Chapitre: Les carabines 22LR et les canons

 

Un bon canon ?

(N.B : dans un souci de respect d'une certaine confidentialité, je vais zapper parfois certains points. Désolé.)

D'abord, je sais que cela va en contrarier beaucoup, mais la question est multiple, et pas simple en plus.
Eh oui, un canon c'est un tube, avec un chambrage, mais aussi ce qui va derrière, la culasse et la boîte de culasse. Et puis, il y a aussi d'autres éléments qui viennent se greffer dessus : rallonge de visée, contrepoids reglable (tuner).

Commençons par le premier morceau : le canon, c'est un tube de métal. En général, un bon « tube » rassemble certaines caractéristiques (je vais mettre de côté volontairement les différents modes de fabrication des canons et de rayage) :

- Il a des rayures. D'accord c'est le cas de tous les canons de match. Mais il en ont deux, trois, six, huit ou douze en général. Le pas de rayure tourne autour d'un tour en 15 pouces.
- Il est très droit et, j'ajouterais, le plus naturellement possible. En effet, après le percage, ils sont redressés avec une presse à main si nécessaire. La grande rectitude sans redressage est en général un signe de qualité potentielle. Un armurier américain testait ses canons en les mettant dans un V de mécanicien. Dans cette situation, il tirait une balle, tournait le canon d'un quart de tour, tirait une nouvelle fois, etc... La qualité était évaluée en fonction des écarts entre les impacts obtenus.
- Le matériau utilisé est aussi homogène que possible, débarrassé des stress éventuels.
- Son perçage est centré dans le rond.
- Son diamètre intérieur est très régulier. C'est très important, car le projectile va subir un choc à chaque modification du diamètre intérieur du canon. Il « tape » dedans à 300 m/s... Pour les amateurs d'essais révélateurs, prenez deux carabines (une An..... et une Un...... par exemple) avec des canons propres, démontez quelques ogives sur des cartouches 22LR (il suffit de plier l'étui et de dessertir l'ogive à la main en la laissant aussi intacte que possible), mettez une ogive dans la chambre de la carabine et poussez la doucement dans le canon avec une baguette. Au début, il faut passer un passage un peu dur, c'est la prise de rayures. Ensuite normalement la balle doit avancer de façon particulièrement régulière. Si cela force par moment c'est que le canon est un peu resserré à cet endroit. C'est courant sur une certaine marque vers l'extrémité du canon. C'est une sorte de « choke » destiné à réduire la vitesse des projectiles notamment sur les versions courtes de leur canon.
- L'état de surface à l'intérieur est aussi beau que possible. Désolé, je n'en dis pas plus volontairement.
- Il est très rigide. C'est l'intérêt des canons de gros diamètres et des cannelures. 


Vous avez passé avec succès la première étape. Vous avez donc un bon tube, bien droit, bien homogène, d'un diamètre intérieur bien régulier.
Mais sans montage, ce n'est qu'un tuteur à tomates de course. Plusieurs étapes dans le montage du canon 22LR sont nécessaires :
- Le profil extérieur sera éventuellement retouché s'il n'est pas fait d'origine par le fabricant. Ils partent souvent d'un rond qui mesure 1,25 pouce ( environ 31mm) de diamètre.
- La bouche va être usinée et polie. C'est fait en général soit à un angle de 90° soit avec un 11° rentrant.
- Le chambrage se fait avec une fraise de chambre, ou deux (« gros oeuvre » et une pour la passe de finition). Le fabricant classique pour ce genre d'outil de coupe est la société américaine JGS. La qualité dépend du choix de la fraise, de son positionnement, du respect de la profondeur de travail, de la bonne vitesse (rotation et avance) et de la bonne lubrification. A la fin de cette étape, un petit polissage ne nuit pas.
Il faut prévoir avant le chambrage autant que possible les emplacements ou le cone destinés à recevoir les extracteurs lors de la fermeture de la culasse. En effet, parfois cet usinage peut déformer légèrement la chambre.
- Le montage sur la boîte de culasse peut se faire de différentes façons : vissé, collé, goupillé, avec une frette. La meilleure méthode est celle qui apporte le moins de contrainte au métal. Un calcul doit être fait pour garantir la bonne feuillure. L'espace de tête tourne autour de 1,1mm. C'est la zone libre entre le plan de l'entrée de la chambre et le plan de la culasse à la fermeture de celle-ci. Au moment de ce montage, il faut penser à l'indexation des canons avec cannelures.

La photo vous montre un canon Ans..... déposé (on voit les deux passages pour les goupilles verticales de montage) et la boîte de culasse avec un canon Un.... monté par collage.

 

Je veux un bon canon en 22LR, mais en fait, c'est quoi un bon canon ? (épisode 2)

 
 

Je veux un bon canon en 22LR, mais en fait, c'est quoi un bon canon ? (épisode 2.01)

Voici la photo d'un canon avant chambrage. Il porte les mentions du fabricant (BB pour Border Barrels), les diamètres au sommet et à fond de rayures ( 237 et 243 millièmes de pouce), le pas de rayures (8 pour un tour en 8 pouces). Et si vous avez suivi, vous allez me dire que c'est bizarre car normalement le pas doit être aux environs d'un tour en 15 pouces. Bonne réponse car ce n'est pas un canon en 22LR mais en 6mm (pour le chambrer en 6mm Norma Br).

Pour ce qui concerne les fabricants de canon, on peut citer Lothar Walter, Border-Kolbe, Hart, Shillen, Lilja,... Ils sont tous capables de faire de jolis tubes.
 
 

Vous suivez toujours ?

Maintenant, vous avez un bon tube monté proprement sur sa boîte de culasse.

Vous installez la hausse et, Caramba, vous n'avez rien pour mettre le tunnel.
Sur la photo, vous voyez de bas en haut les trois méthodes les plus courantes pour installer votre tunnel :
- Sur une queue d'aronde usinée dans la masse du canon.
- Sur une queue d'aronde rapportée sur le canon (dans le cas précis, elle est montée sur un manchon collé, afin de pouvoir être démontée et accueillir une rallonge de visée).
- Sur une rallonge de visée.

Quelques grands principes sont à respecter (à mon humble avis) en la matière :
- Eviter tout montage qui engendre des contraintes sur le canon (montage en pince, taraudage profond perpendiculaire à l'axe longitudinal du canon). Et ceci surtout sur la zone de la bouche du canon qui assure les derniers instants du guidage du projectile.
- Choisir un système très stable et fiable dans le temps (attention aux vis que l'on ne contrôle pas à chaque match).
- Opter pour un système repositionnable avec précision (une rallonge doit se replacer avec la précision nécessaire pour faire un dix à la première balle).
- Le montage choisi ne doit pas dégrader ou déplacer le groupement (rallonge trop lourde ou mal centrée).
- Si vous avez choisi (malgré mes conseils) un montage en pince autour du canon, assurez vous du serrage à la clef dynamométrique.
 
Maintenant, vous avez un bon canon, soigneusement monté, il vous reste à lui assurer la vie la plus longue possible.

Elle va commencer par une phase de rodage. En fait, les ogives vont assurer la fin du polissage intérieur du canon. Le mieux est de tirer une cartouche, de nettoyer le canon, de tirer une cartouche, de nettoyer, etc.... C'est pas très agréable comme séance d'entraînement mais on peut le faire avec le canon tenu dans un étau. On suit ce rythme sur une dizaine de cartouches. Après on peut espacer progressivement les nettoyages ( toutes les 5, 10 cartouches). Après une cinquantaine de coups, on peut repartir sur l'utilisation classique.
Cette phase est encore plus importante avec des gros calibres comme le 6mm Norma BR.

Nettoyage, vous avez dit nettoyage ?
 
Votre canon est superbe et doit le rester. Alors, il faut le nettoyer !!!
J'ai encore en mémoire les propos de certains. « Je ne fais jamais de nettoyage, ça sert à rien et puis je connais X, il est super fort et il ne fait pas de nettoyage non plus, alors... ». Je vais essayer de vous convaincre.

« Au secours », posez l'oreille sur le métal froid de votre canon, faîtes silence et vous entendrez surement ses lugubres suppliques.
En effet, la combustion de la poudre dégage de la vapeur d'eau (comme toutes les combustions d'ailleurs) et les résidus de poudre brulée deviennent, après quelques temps, très durs, comme des grains de sable. De plus, malgré les évolutions récentes, certains mélanges d'amorcage peuvent être corrosifs à long terme. En clair, ne pas nettoyer son canon, c'est accepter de laisser de l'humidité, des grains de sable et des produits acides à l'intérieur, pendant plusieurs jours ou semaines.

En mesurant le diamètre d'un canon, on reconnaît facilement celui qui n'est pas nettoyé : la mesure verticale est plus grande que la mesure horizontale. L'explication est relativement simple : Les résidus se déposent par gravité principalement en bas du canon et lorsque le projectile arrive et « tape » dedans, cela génère une érosion du métal du canon. En clair, de façon microscopique, votre canon est progressivement usé sur sa partie basse sur toute sa longueur.
Alors, c'est vrai que cela n'est pas très rapide. Mais une fois que l'érosion est entamée, votre canon peut perdre de sa précision de manière très rapide (quelques semaines de pratique régulière). Un diamètre irrégulier engendre une sorte de cercle vicieux de l'érosion, notamment sous l'effet des gaz chauds créés par la combustion de la poudre.

Un autre intérêt dans le nettoyage réside dans le fait que l'on s'assure de l'absence d'élément étranger dans le canon avant de tirer la première balle (un petit objet, présent dans la malette, peut se retrouver dans le canon). Ca évite parfois de le baguer (baguer, c'est lorsque le diamètre intérieur du canon augmente brutalement et nettement à un endroit. C'est ce qui arrive lorsque l'on tire un projectile avec une balle déjà coincée dans le canon)

Et puis le nettoyage limite aussi le dépôt de plomb nu, provenant du passage du projectile. Une accumulation de plomb, qui a une tendance naturelle à s'amalgamer sur l'acier du canon, peut être emportée brutalement par le passage de la n-ième balle. Autant dire tout de suite que la précision devient alors beaucoup plus qu'approximative, et je n'évoque même pas ici le risque de le baguer du fait de la surpression brutale.

Ah bon, vous n'êtes toujours pas convaincu de la nécessité du nettoyage. C'est pas grave, j'espère que nous tirons dans la même catégorie et la même discipline... Et de toutes façons, vous ferez au moins le bonheur des marchands de canons.

Une seule remarque supplémentaire : Lorsque vous faîtes vos tests de munitions, faîtes les avec un canon dans son état habituel, car après plusieurs centaines de cartouches sans nettoyage, votre canon peut présenter une légère évolution dans ses caractéristiques. A la fin de vos tests, repassez les meilleurs lots trouvés, dans un ordre différent, après un nettoyage normal.
 
Si vous avez bien suivi les épisodes précédents vous devez être convaincus qu'il faut nettoyer après chaque séance pour éviter de laisser traîner plein de choses malvenues dans le canon. Et vous avez raison. C'est ennuyeux mais c'est comme ça.
Le problème c'est que si on veut vraiment optimiser tout ça il faut aussi nettoyer avant de tirer, car tirer une cartouche dans un canon propre et donc sec, c'est aussi prendre le risque de l'emplomber un peu.

Après la dernière séance il a été nettoyé et brille comme un sou neuf. La séance suivante va commencer. La première balle qui va passer dans ce canon va utiliser sa graisse (que le fabriquant a pris la peine de lui appliquer) pour glisser et éviter que le plomb nu ne se trouve au contact de l'acier.
Mais la quantité de graisse n'est pas suffisante pour recouvrir l'ensemble du canon, elle se dépose donc dans la première partie puis finit sa route « à sec » contre les rayures. La balle suivante glissera sur la graisse de la première, posera la sienne sur la partie sèche restante et finira peut-être encore son passage dans les rayures « à sec ». La troisième (ainsi que les suivantes) devrait avoir moins de soucis, sa graisse additionnée à celle des autres devrait suffire à recouvrir l'ensemble du canon qui stabilise alors son comportement.
N'avez-vous jamais remarqué que votre canon doit être « flambé » ou « chauffé » avant de grouper ? A chaque fois la première balle est loin du groupement, la seconde un peu plus près et la troisième le rejoint à peu près.
La solution classique consiste donc à refaire un nettoyage avec du produit nettoyant juste avant le début de la séance, sans sécher tout à fait le canon ; le peu de produit restant assurera la lubrification pour les premières balles, il n'y aura pas de plomb nu au contact des rayures et vos premières balles seront dans le groupement. Avec le produit « Accubore » le résultat de cette manip' est garantit, je n'ai jamais vu un canon qui, nettoyé de cette façon, n'ait pas attaqué d'emblée dans le groupement. Le problème aujourd'hui c'est de trouver ce produit...

J'utilise une seconde méthode qui a le même objectif. En fait, après avoir nettoyé le canon à la fin de la séance précédente, je passe un coup de feutre sec (histoire d'être sûr que le canon est bien sec et propre), puis je passe un feutre avec juste un quart du feutre imbibé de "Accuoil". C'est une huile pour arme à feu. Il en faut très peu. Il ne faut pas passer un feutre complètement imbibé, au risque de laisser des gouttelettes d'huile dans le canon. Ainsi, j'ai obtenu les mêmes bénéfices qu'avec la méthode de Jean-Pierre. Et ce produit est un peu plus facile à trouver que "l'Accubore".
 
La durée de vie d'un canon en 22LR ? Bonne question.... Je n'ai qu'une réponse : C'est tant qu'il fait des beaux groupements. Je tire avec le même canon Un.... depuis 1993 avec des saisons à plus de 8000 cartouches. Et il fait toujours des beaux cartons.
 
Pour le 300m, ça dépend du calibre utilisé, du matériau constituant le canon, et du soin du tireur, mais il faut compter entre 2500 et 8000 coups. Si le canon est d'une bonne longueur à l'origine, il est possible de refaire la prise de rayures au bout de la chambre pour lui refaire une petite jeunesse.

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3° Chapitre: Les cartouches 22LR

 

I Pourquoi faire des tests ?

Il faut revenir à certains éléments fondamentaux :

- Deux canons du même modèle, fabriqués le même jour chez le même fabricant sont différents. Des variations minimes dans l'homogénéité du métal utilisé, dans la régularité du percage, dans la rectitude du canon entraînent des variations importantes dans sa réaction à un tir.

- Un lot de munitions est un ensemble que nous allons considérer comme homogène dans son comportement. Il s'agit d'un certain nombre de cartouches fabriquées sur une ligne de production dans un temps donné avec des réglages stables sur les machines (emboutissage des disques de laiton, matrissage des ogives, mise en place de l'amorcage, dosage de la poudre, enfoncement de l'ogive, sertissage de l'ogive).

- Un canon déterminé va réagir plus ou moins bien à un lot de munitions donné.

- Un bon lot dans un canon peut donner de mauvais résultats dans un autre canon. (C'est théorique car souvent un bon lot reste correct dans un autre canon. En fait, un bon lot a des qualités intrinsèques probablement issues de la régularité mise dans sa production).

- Tous les fabricants mondiaux de munitions 22LR sont capables de produire de munitions de match compétitives. Il ne faut donc pas exclure un fabricant, même si certains osent dire que la marque X ne fabrique plus de bonnes cartouches et qu'il ne faut plus tirer que de la R-EPS de chez Y. Soit c'est une bétise, soit c'est qu'ils ont un avantage caché à favoriser une marque plutôt qu'une autre. Pour mémoire, les fabricants sérieux qui produisent des quantités suffisantes sont (dans l'orde alphabétique) : ELEY, FEDERAL, FIOCCHI, LAPUA, RWS, SK (idem Lapua).

- Et puis le plus important, un tireur de bon niveau a besoin de bonnes cartouches. En ayant le plus grand respect pour les pistoliers, il est évident qu'un tireur couché à 50m a des besoins en matière de précision différents de ceux d'un tireur de V.O. à 25m. Et comme le dix à 50m est très petit, il faut vraiment des bonnes munitions.

Donc fin de la première discussion : vous savez tirer couché, il vous faut donc des cartouches à la hauteur de votre niveau de performance.

 

II Comment faire des tests ?

En gros, quatre méthodes sont utilisables :
- Le tir à l'épaule en situation de tir.
- Le tir à l'étau.
- Le tir avec une machine à tirer.
- Le tir façon bench-rest.


Le tir à l'épaule en situation de tir est certainement le plus simple à mettre en oeuvre d'un point de vue matériel. Vous avez tout ce qu'il faut. Il va simplement parfois vous manquer la qualité technique nécessaire pour annoncer parfaitement chaque balle. En clair, si vous tirez habituellement 570, il faudra accepter de ramener des groupements qui valent 95 sur 100. Cependant, cette technique a une grande qualité. En effet, elle correspond exactement à la réalité du tir en compétition. Si, dans cette situation, vous faîtes de super groupements, c'est que votre lot convient à votre arme. En plus, elle permet de s'acclimater à la réaction induite par la munition. En effet, certaines munitions « claquent » plus que d'autres et il faut apprécier ce genre de réaction pour bien tirer avec.

Le tir à l'étau nécessite un peu de matériel. Il vous faut une base en béton bien solide, du genre 80 X 80 par 100 cm de hauteur et un bon étau de fraiseuse à base tournante (histoire de pouvoir s'aligner sur la cible). Il sera fixé sur des tiges filetées prises dans toute la hauteur de béton. On peut mettre une feuille de plomb entre le béton et l'étau pour lui assurer une bonne assise. L'arme sera serrée soit par le canon (à quelques centimètres en avant de la boîte de culasse) ou par la crosse (attention à ne pas trop serrer) ou par une pièce montée dans le rail de la cale à main. C'est la méthode ensuite la plus rapide. Il suffit de tirer à un rythme raisonnable. Une critique néanmoins, cette méthode s'éloigne beaucoup du tir réel. L'arme est bridée bien plus fortement que par un tireur en position. Le serrage sur le canon modifie les vibrations induites par le départ du coup. Cela a pour effet en général de gommer certains défauts des munitions comme une vitesse initiale ou une inflammation irrégulières.
Pour des raisons liées à la dissipation des vibrations, il existe des étaux meilleurs que d'autres. Il suffit de le savoir et d'avoir un lot de référence qui va vous servir d'étalon pour tester l'étau en somme.

Le tir avec une machine à tirer se rapproche beaucoup du tir à l'étau. Simplement l'arme est tenue dans une « machine » qui absorbe le recul de l'arme et doit assurer son replacement à la position initiale. C'est souvent à ce niveau que les problèmes peuvent arriver. Une irrégularité dans ce positionnement et c'est l'écart en cible assuré.

Le tir façon bench-rest nécessite un jeu de trépied, une lunette de bench et éventuellement une crosse adaptée ( à fût large et plat). Cette technique demande de la finesse car la moindre variation dans les contraintes imposées sur l'arme occasionne des écarts en cible. Cependant, l'avantage réside dans le comportement de l'arme qui est très proche de la réalité.


Vous avez trouvé la méthode qui vous convient, maintenant il vous reste à choisir le bon protocole.
La méthode la plus courante consiste à tirer quelques coups de flambages puis des séries de 10 coups. Les coups de flambage sont nécessaires car votre canon va s'habituer à la munition et notamment au lubrifiant sur l'ogive. On estime que trois coups au moins sont nécessaires et c'est un minimum.

Sur le nombre de coups par groupement, c'est une question de moyens. Si vous pouvez faire des groupements de 30 ou 50 coups pour discriminer deux lots qui vous semblent bons tous les deux, c'est bien car on se rapproche de la réalité du match. Si vous avez une boîte de chaque lot à tirer, vous pouvez faire : 5 de flambage, 10, 10, puis si le lot est bon, on recommence 5 de flambage et un groupement de 20 coups. C'est juste un exemple.
En ce qui concerne le rythme de tir, il faut essayer de le garder aussi régulier que possible et pas trop éloigné de la cadence réelle en match. Une balle toutes les 10 à 15 secondes est probalement une bonne base.

Il vous faudra choisir un jour sans vent ou un stand indoor pour vos tests car un petit vent dégrade rapidement un groupement de test (voir l'article dédié au tir dans le vent).

 

III Comment analyser les tests ?

Vous avez maintenant différents groupements réalisés avec des lots différents en suivant un protocole et des conditions identiques.Quel lot choisir ?
Le meilleur me direz vous. En effet, mais définir le meilleur lot n'est pas toujours chose facile.

En général, on regarde plusieurs facteurs :

Le diamètre du groupement. C'est un élément clef, mais pas unique. Pour donner des références, j'ai vu un paquet de tests de munitions (les miens, ceux du club, de la fédé, ou pour le biathlon) et j'ai très rarement vu (deux ou trois fois) des groupements de 10 coups à 10mm ou moins. Alors en moyenne, il faut savoir être très heureux avec des groupements réguliers de 13 à 15 mm.

La régularité du groupement. Un groupement bien rond est préférable à un groupement avec des écarts qui « sortent », surtout à l'étau car cela limite l'amplitude des écarts. Non seulement la balle qui sort peut entraîner la perte d'un point mais en plus, si le tireur modifie son réglage sur la hausse il peut passer de l'autre côté du dix sur la suivante. Total des opérations : deux points dans la nature.

La construction du groupement. Il s'agit de regarder dans une lunette l'arrivée des projectiles. On voit ainsi le déroulement de la construction du groupement. Je préfère une construction qui évolue dans une direction doucement que d'avoir des balles qui font les quatre coins du groupement en permanence.En terme statistique, on peut parler d'un écart-type faible.

La régularité de la vitesse initiale. Elle se mesure à l'aide d'un appareil spécifique (un « chronographe »). Plus elle est régulière, plus la réaction ressentie à l'épaule a des chances d'être également régulière.

La régularité du bruit engendré par le départ. Un écart dans le volume sonore peut provenir d'une inflammation inhabituelle de la poudre.

Pour en revenir au chapitre 2, le mieux en cas d'égalité entre deux lots est de les tirer lors d'entraînement ou de matchs. Un bon score sera la meilleure preuve de la qualité d'un lot. Ce contrôle est d'autant plus important que les tests ont été réalisés à l'étau.

 

IV J'ai un bon lot, puis-je l'améliorer encore ?

Plusieurs moyens sont utilisables pour améliorer votre lot de cartouches (nous n'allons utiliser bien sûr que des tests non destructifs) :

Le contrôle visuel. C'est pas cher et ça ne demande pas de moyens techniques particuliers. Il suffit d'observer les cartouches pour votre match. On va rejeter les défauts importants sur l'ogive, un graissage incomplet ou irrégulier de l'ogive,...

Le contrôle par pesée. Il vous faut une balance de précision au millième de gramme. On pèse les munitions et on rejette celles qui sortent d'une gamme de 10 milligrammes autour de la valeur moyenne. Exemple : pour une valeur moyenne de 3,330 grammes, on accepte toutes les cartouches entre 3,325 et 3,335g. Cette méthode part du principe qu'une cartouche avec une masse hors-norme est une cartouche différente des autres et qu'elle a plus de chance que les autres d'avoir un comportement hors-norme. On évite aussi le risque d'une cartouche sans poudre (la charge représente 7 centièmes de gramme).

Le contrôle de la géométrie du bourelet. Il existe des appareils qui permettent de vérifier l'épaisseur du bourelet sur l'étui. Il faut également sortir les cartouches qui s'écartent de la moyenne constatée. Cela permet de garantir une grande régularité au niveau de la feuillure.

Le contrôle de la géométrie de l'étui, de l'ogive et de l'interface entre les deux. Il faut des micromètres de précision ou un projecteur de profil pour vérifier les différentes dimensions des composants de la cartouche. Cela est relativement difficile, notamment sur l'ogive, car on mesure en fait dans ce cas la dimension de l'ogive (dimension importante) et du lubrifiant (dimension beaucoup moins importante). De plus, la mesure peut dégrader un composant « mou » comme l'ogive. Un contrôle de la concentricité et de la coaxialité de l'ogive par rapport à l'étui est probablement utile (voir l'article supra).

Le contrôle radiographique de la cartouche. Attention, il vous faut un laboratoire digne des Experts Miami. Cela consiste à faire des clichés radiographiques des cartouches pour voir la répartition du mélange d'amorcage dans l'étui (pour écarter les munitions avec des remontées d'amorcage le long des parois de l'étui) et pour voir la partie cachée de l'ogive.

V Quelques précautions

Maintenant vous avez un super lot pour votre match. Toutes les cartouches sont conformes à vos attentes. Vous pouvez encore tout gâcher :

- mettre les cartouches sur la plage arrière de votre voiture en plein soleil au mois de juillet à Bordeaux. C'est le meilleur moyen d'avoir des cartouches bouillantes au moment du match. Cela entraîne une augmentation notable de la vitesse initiale. Et parfois les munitions dépassent la vitesse du son légèrement ce qui annule toute volonté de précision.
- mettre les ogives au contact du paillason ou du tapis de tir. Dans cette situation, la graisse présente sur l'ogive va attraper toutes les cochonneries présentes (grains de sable,...) et elles vont passer au contact du canon à 300 m/s. Bonjour les dégâts à terme. C'est comme passer du papier de verre en permanence dans votre canon.
- retirer le lubrifiant des ogives. Il sert à assurer une liaison mécanique régulière entre le canon et l'ogive. Il garantit un frottement relativement faible et limite les risques de dépôt de plomb. Dans le cas contraire, le plomb nu a une tendance naturelle à s'accrocher à la moindre aspérité sur la surface interne du canon. D'où enplombage, usure, difficulté pour chamber la cartouche,...

Machine pour tester la coaxialité de l'ogive par rapport à l'étui

J'ai enfin ma nouvelle machine à tester les cartouches 22LR dotée d'un comparateur au millième de mm.
Elle permet de tester la concentricité (coaxialité et concentricité cumulée en réalité) de l'ogive avec l'étui.
Les tireurs américains (Mattew Emmons) évoquent un gain important en sélectionnant sur ce critère.
Sur une boîte de bonnes cartouches, il y a déjà de gros écarts d'une cartouche à l'autre.
Pour info, un tour complet de cadran sur le comparateur correspond à 20 centièmes de millimètres.
D'après mes infos, un défaut de concentricité qui augmente en moyenne de 2,5 centièmes de millimètres augmente la taille du groupement de 2,5mm.

- pesée de 50 cartouches : J'ai fait 5 lots de 10 cartouches avec un défaut croissant.
- Plus faible défaut 7microns.
- Plus gros défaut 88 microns.

Voici les résultats des premiers tests :

Voici les résultats du test du week-end dans les conditions suivantes :
Lot de tenex Ultimate EPS dans la moyenne de mes lots (ni le meilleur, ni le pire),
Canon Unique 28mm, fluté avec rallonge, serré à l'étau par des mors en alu 3 centimètres en avant du boitier.
Température aux environs de 16°. Presque pas de vent.
15 coups de flambage. 5 groupements de 10 coups tirés dans le desordre pour ne pas être influencé par l'encrassement progressif du canon. Cartouches uniquement triées sur le défaut de concentricité.
Pause de 2 minutes entre chaque groupement. Un coup toutes les douze secondes.
De haut en bas, les groupements effectués avec les défauts de concentricité décroissants (de + ou - 5 centièmes à + ou - 1 centième).
On passe de 16,6mm à 13,3mm. Le groupement dans la contre-cible tourne autour de 17,5mm sur 65 coups tirés (flambage et test).
Mes impressions lors du tir : La construction du groupement se fait de manière plus chaotique avec les cartouches présentant les plus gros défauts. Avec les meilleures cartouches, le nombre de balles qui passent "au centre" augmente (d'ailleurs sans la balle perdue, le meilleur groupement tombait à 11,8mm).

J'utilise cette technique de sélection depuis cette saison (2009) et j'ai remarqué que malgré le manque d'entraînement les résultats étaient très corrects : CN Beaulieu 587 points (après 2 entraînements), CN Chabris 593 (après un entraînement), CN Moulins 591 (sans entraînement en 15j), Départementaux Chambéry 591 (sans entraînement depuis Moulins...). France à Volmerange 592. J'ai également constaté un nombre plus important de mouches dans mes matchs.

( SOS Technology ).

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